Qu'est-ce qui rend la Fiat Multipla si particulière ?
Lancée en 1998 et produite jusqu'en 2010, la Fiat Multipla est devenue une véritable icône involontaire du design automobile controversé. Ce monospace italien occupe régulièrement la première place des classements des voitures les plus moches au monde. Pourtant, sous cette apparence pour le moins singulière se cache un véhicule aux qualités insoupçonnées.
La Multipla se distingue par son architecture atypique : des phares montés haut juste sous le pare-brise, une forme globale évoquant une créature amphibie, et d'immenses fenêtres lui donnant une allure de serre roulante. Cette esthétique audacieuse a été conçue pour maximiser l'habitabilité, avec une configuration unique de trois sièges à l'avant et trois à l'arrière sur seulement deux rangées.
Les caractéristiques techniques de cette Fiat controversée
Motorisations et performances
La Fiat Multipla était proposée avec plusieurs motorisations, principalement des quatre cylindres à essence et diesel. Les versions essence offraient généralement une puissance modeste, adaptée à un usage familial plutôt qu'à la recherche de performances sportives. Les moteurs diesel, plus populaires en Europe, proposaient un meilleur compromis entre consommation et puissance.
La motorisation n'était pas le point fort de ce véhicule. Les performances restaient moyennes, avec une accélération peu convaincante et une vitesse de pointe limitée. Le moteur souffrait parfois d'un manque d'entretien régulier, ce qui pouvait augmenter significativement la consommation de carburant.
Consommation et efficacité énergétique
La consommation de la Multipla se situait dans la moyenne de sa catégorie, sans être particulièrement économique. Plusieurs facteurs influençaient cette consommation :
- Le poids du véhicule : relativement élevé pour sa catégorie
- L'aérodynamisme discutable : sa forme cubique n'optimisait pas la pénétration dans l'air
- L'état des pneumatiques : des pneus usés ou mal gonflés augmentaient la résistance au roulement
- La qualité de l'entretien : un moteur mal entretenu consommait davantage
Les principaux défauts de la Fiat Multipla
Un design qui ne fait pas l'unanimité
Le principal reproche adressé à la Multipla concerne incontestablement son design disgracieux et mal proportionné. Sa forme ne respecte aucune convention esthétique traditionnelle du secteur automobile. Les phares globuleux, la carrosserie boursouflée et les proportions inhabituelles en font une voiture qui ne passe jamais inaperçue, pour le meilleur et surtout pour le pire.
Problèmes techniques et fiabilité
Au-delà de l'esthétique, la Multipla présentait plusieurs défauts techniques :
| Défaut | Description | Impact |
|---|---|---|
| Niveau sonore élevé | Moteur particulièrement bruyant | Confort acoustique limité pour les passagers |
| Puissance limitée | Difficultés dans les côtes | Accélération insuffisante en charge |
| Fiabilité moyenne | Réparations fréquentes nécessaires | Coûts d'entretien élevés |
| Finition italienne | Matériaux bon marché à l'intérieur | Qualité perçue décevante |
Confort et équipements
L'intérieur de la Multipla était extrêmement basique, avec des finitions grossières qui n'inspiraient pas confiance. Les matériaux utilisés étaient de qualité inférieure par rapport à la concurrence. De plus, la technologie embarquée était limitée, sans systèmes modernes comme la connectivité Bluetooth ou un système audio intégré performant.
Les qualités méconnues de ce monospace atypique
Une praticité exceptionnelle
Malgré sa réputation désastreuse sur le plan esthétique, la Fiat Multipla possédait de nombreux atouts pratiques qui méritent d'être soulignés :
- Configuration innovante : six places sur deux rangées seulement, avec trois sièges à l'avant
- Espace intérieur généreux : habitabilité remarquable malgré une longueur compacte
- Modularité : sièges configurables pour optimiser l'espace de chargement
- Visibilité panoramique : immenses surfaces vitrées offrant une excellente vision
- Compacité extérieure : plus courte qu'un Renault Scénic mais plus large
Un rapport qualité-prix attractif
La Multipla présentait plusieurs avantages économiques non négligeables :
- Prix d'achat raisonnable : accessible financièrement pour les familles
- Fiabilité reconnue : malgré les critiques, le châssis était robuste
- Équipements de sécurité : airbags et ceintures de sécurité de bonne qualité
- Entretien facilité : mécanique simple, facile à maintenir en bon état
Une tenue de route surprenante
Contrairement à ce que son apparence pourrait laisser penser, la Multipla bénéficiait d'une tenue de route exemplaire pour un monospace. Son centre de gravité bien étudié et sa largeur conféraient une stabilité appréciable, notamment dans les virages et sur autoroute.
Le restyling de 2004 : quand Fiat rentre dans le rang
Un changement esthétique majeur
Face aux critiques persistantes concernant son design, Fiat décida en 2004 d'offrir un restylage complet à la Multipla. Le constructeur italien bannit les rondeurs et les phares globuleux pour adopter une calandre classique, des phares traditionnels et un capot moteur conventionnel. Cette banalisation visait à séduire un public plus large en gommant l'originalité du modèle.
Un échec commercial paradoxal
Ironiquement, cette normalisation esthétique ne sauva pas la Multipla. Au contraire, les ventes devinrent confidentielles après le restylage. En perdant son identité visuelle unique, le monospace perdit également son principal argument de différenciation. La version restylée se vendit au compte-gouttes jusqu'à l'arrêt de la production en 2010.
Ce revirement stratégique démontra que l'originalité de la Multipla, aussi critiquée soit-elle, constituait paradoxalement son principal atout marketing. En écoutant trop ses détracteurs, Fiat tua à petit feu son monospace innovant.
Comparaison : la Multipla face aux autres voitures moches
Un palmarès peu enviable
La Fiat Multipla partage le podium des voitures les plus controversées avec d'autres modèles emblématiques :
| Classement | Modèle | Particularité esthétique |
|---|---|---|
| 1 | Fiat Multipla | Phares bulbeux et forme de grenouille |
| 2 | Pontiac Aztek | Design bricolé façon vaisseau spatial |
| 3 | Nissan Cube | Forme cubique inspirée des Lego |
| 4 | Renault Avantime | Coupéspace au prix dissuasif |
| 5 | Fiat 500L Wagon | Version gonflée de la 500 emblématique |
La Tata Nano, autre prétendante au titre
La Tata Nano, véhicule indien économique, rivalise avec la Multipla pour le titre de voiture la plus moche. Sa carrosserie en fibre de verre fragile, son intérieur extrêmement basique et ses performances hyper moyennes en font une concurrente sérieuse. Cependant, la Nano visait un marché différent, celui de la mobilité ultra-accessible dans les pays émergents.
Le succès commercial méconnu de la Multipla
Des chiffres qui contredisent la légende
Contrairement à l'idée reçue selon laquelle la Multipla aurait été un échec total, les chiffres racontent une histoire différente. Entre 1998 et 2010, 328 862 exemplaires furent produits, hors licence chinoise. En France, les objectifs de vente furent largement dépassés, passant de 7 500 à 10 000 unités annuelles.
En Italie, la Multipla s'empara même de la tête de son segment en 2002, prouvant que son design atypique n'empêchait pas le succès commercial sur son marché domestique. Les familles italiennes, pragmatiques, surent apprécier ses qualités pratiques au-delà de son apparence peu conventionnelle.
Une concurrence difficile face au Renault Scénic
Le principal rival de la Multipla était le Renault Scénic, lancé deux ans plus tôt avec un design bien plus avenant. En France, pays traditionnellement chauvin en matière automobile, le Scénic conserva largement sa place de numéro un. Néanmoins, la Multipla réussit à se tailler une part de marché respectable grâce à son positionnement tarifaire attractif et sa modularité supérieure.
L'héritage culturel de la Fiat moche
De l'échec esthétique au statut culte
Avec le recul, la Fiat Multipla a rejoint le panthéon des voitures incomprises, aux côtés de la Citroën BX, de la Lancia Thesis ou de la Renault Avantime. Ces véhicules, initialement moqués pour leur audace esthétique, ont gagné une forme de respect au fil du temps. Ils symbolisent une époque où l'industrie automobile osait prendre des risques créatifs.
Un retour possible ?
Olivier François, dirigeant de Fiat, a récemment évoqué son intérêt pour une renaissance du nom Multipla. Lors d'une interview, il a déclaré vouloir "refaire des voitures comme cela", faisant référence au design singulier du modèle original. Un nouveau Multipla pourrait adopter la silhouette d'un SUV électrique polyvalent, s'inspirant des concepts récents de la marque tout en conservant l'esprit innovant de son ancêtre.
Pourquoi la Multipla fascine-t-elle encore aujourd'hui ?
L'attrait de l'anticonformisme
Dans un monde automobile devenu consensuel où les modèles se ressemblent de plus en plus, la Multipla représente une forme de liberté créative révolue. Elle incarne le courage de sortir des sentiers battus, même au risque de déplaire. Cette audace, rare dans l'industrie contemporaine, lui confère un charme rétrospectivement apprécié par les amateurs d'automobiles atypiques.
La beauté de l'imperfection
La Multipla illustre parfaitement le concept selon lequel la beauté réside dans l'œil de celui qui regarde. Son design, résultat de risques assumés par les designers, raconte l'histoire d'une vision unique et d'un désir sincère d'innover. Chaque élément controversé de son esthétique avait une justification fonctionnelle : les phares hauts libéraient de l'espace pour le compartiment avant, la forme bulbeuse maximisait l'habitabilité.
Un symbole d'une époque révolue
La nostalgie joue un rôle important dans la réévaluation actuelle de la Multipla. Elle rappelle une période où les constructeurs automobiles étaient moins frileux, plus expérimentaux, moins soumis aux études de marché et aux comités de design consensuels. Dans ce contexte, même sa laideur devient une qualité, un témoignage d'authenticité créative.